Villamarina, Salvatore Pes di a Cavour, Camillo Benso di 1859-09-07 #3691
- Mittente:
- Villamarina, Salvatore Pes di.
- Destinatario:
- Cavour, Camillo Benso di.
- Data:
- 07 Settembre 1859.
Paris 7 septembre 1859
Mon cher Comte,
Permettez-moi de me rappeler à votre précieux souvenir, et vous dire que je garde toujours la lettre pour Pietri. J'ai été déjà sept fois chez lui, il est toujours absent et on ne veut pas se charger de la lui faire parvenir parce qu'on ignore où il se trouve. On le croit en Corse, mais on n'en est pas bien sûr. Si je ne reçois pas de contre-ordre de vous, je la garderai jusqu'à son arrivée à Paris.
J'ai appris avec joie que vous êtes de retour à Turin et dans un moment où vos conseils sont si nécessaires, et si utiles, car, cher Comte, laissez-moi vous le répéter, c'est toujours votre politique, cette politique que vous avez initiée avec tant de courage et d'habileté, qui fait son chemin et qui triomphe malgré toutes les intrigues des partis qui s'agitent pour la contrecarrer. Elle triomphera surtout si vous venez, comme j'aime à le croire, la soutenir vous même devant le Congrès; et en vérité, je ne vois pas d'autre personne chez nous qui soit à la hauteur d'une pareille mission. L'Italie, par sa noble attitude, donne en ce moment un démenti solennel à toutes les calomnies dont elle a été la victime jusqu'ici, et c'est encore vous, cher Comte, qui avez le mérite d'avoir fait son éducation. Comme vous le saurez, à Zurich on a peine à marcher. Il y a eu, et il y a encore beaucoup de tiraillement. Bourqueney lui même a dû se convaincre, à son grand regret, sans doute, qu'entre la France et l'Autriche il y a incompatibilité absolue de principe. Walewski va toujours son train faisant de la politique officielle. On lui laisse les coudées franches pour qu'il puisse mieux réussir dans son rôle d'enseigne pour se captiver les sympathies et la confiance de certains cabinets, en attendant que l'Empereur continue son jeu à lui. En effet, on ne peut pas arriver au but d'affranchir les peuples, et tenir noblement sa place au milieu de Puissances et de Souverains de l'Europe, sans fasciner les uns pour mieux servir les autres.
Hier nous nous sommes réunis pour terminer l'affaire de la double élection du prince Couza, qui est désormais approuvée par l'Europe, avec dérogation au statut organique pour le dispenser d'aller recevoir son investiture à Constantinople, tant que les soins de l'État ne lui permettront pas de s'absenter, ce qui veut dire peut-être jamais: et voilà encore un fait accompli, que l'Europe est obligée d'avaler. J'ai remarque que Walewski, Cowley et. le prince de Metternich n'étaient pas gais. Entr'autrès choses Walewski ne m'a pas dit un mot de la réponse du Roi à la Députation toscane, ce qui est une preuve qu'elle est bien. Son grand argument consiste en ce que la France et la Sardaigne sont liées par les préliminaires de Villafranca pour remettre sur le trône les Princes dépossédés; à quoi je ne cesse de répondre, à mon tour, que quand même elles seraient lices pour la restauration, ce que je ne crois pas, elles ne peuvent l'être aucunement pour la non-annexion du moment que la restauration devient impossible.
Enfin, cher Comte, j'espère qu'une fois qu'on aura terminé à Zurich, votre patriotisme et votre abnégation vous feront vaincre cette juste et légitime répugnance que vous avez dû éprouver pour la paix de Villafranca, et vous reprendrez la haute direction des affaires et de la politique de notre pays, et que je serai ainsi replacé sous vos ordres directs. C'est le vœu de tous vos amis, cher Comte; mais quoiqu'il arrive, soyez bien persuadé que je conserverai toujours un sentiment profond d'admiration, d'estime et de dévouement pour vous, et que vous pouvez compter à jamais sur votre tout affectionné
Di Villamarina
- Nomi citati:
- Salvatore Pes di Villamarina, Pietri, cher Comte, Bourqueney, Walewski, Empereur, prince Couza, Cowley, prince de Metternich, Roi.
- Toponimi citati:
- Paris, Corse, Turin, Italie, Zurich, France, Autriche, Europe, Constantinople, Sardaigne, Villafranca.