MAR
3
1847

Cavour, Camillo Benso di a De La Rive, William 1847-03-03 #1859


Mittente:
Cavour, Camillo Benso di.
Destinatario:
De La Rive, William.
Data:
03 Marzo 1847.

                                                                                                                    3 mars
      Mon cher Cousin,
      Je trouve tout naturel que les excès de la démagogie dont votre pays a tant à souffrir vous ait rendu tory: mais ce qui me paraît extraordinaire c'est que vous soyez à concilier les opinions du haut torysme actuel avec une admiration passionée de la politique de Lord Palmerston. Si j'en puis juger exactement par les journaux anglais, que je lis avec assiduité, il me paraît que vos amis, les Bentinck et les Stanley, représentés dans la presse par le Stendard, blâment ouvertement les injustifiables violences du charmant ministre des Affaires étrangères. En effet, comment de véritables Ultra pourraient-ils approuver une politique qui a toujours eu pour but apparent de soutenir en Espagne les partis les plus exagérés, les plus révolutionnaires? Rappelez-vous un instant quels ont été les personnages qui ont le plus excité la sympathie de votre honnête Lord Palmerston, ceux en faveur de qui il a fait peser toute l'influence de la diplomatie britannique: Arguelles, Espartero, Olozaga et, en dernier lieu, le prince Henry, cette poupée dont le parti exaltados fait jouer tous les fils. Si ce sont là des titres à votre bienveillance, je ne saurais croire que vous soyez aussi bon ultra de ce que vous vous vantez d'être.
      Soyez ultra tant que vous voudrez; soyez palmerstonien si cela vous plaît. Mais ne soyez pas l'un et l'autre en même tems. C'est plus que nous autres simples continentaux ne pouvons supporter.
      Je ne puis d'ici concevoir une idée bien juste de l'état des partis en Angleterre. Il me paraît toutefois que vous vous exagérez les chances de succès de votre ami Lord George. Les anciens Peelites ont été s'asseoir à côté de lui: mais ils se gardent bien de se lever et de sortir lorsqu'il en donne le signal. Les listes de la division du bill sur les railways d'Irlande prouvent que les partis gardent cette année les mêmes positions qu'ils occupaient l’année dernière. Les élections prochaines nous fixeront au reste à cet égard. Et nous verrons si l'Angleterre juste [sic] que le turf soit la meilleure école pour former des hommes d'État.
       Je vous félicite, mon cher, de jouir de la confiance du grand Johnston, que je considère comme la première autorité agricole du monde. Cet automne je vous enverrai à Presinge, si je ne peux vous les apporter moi-même, des plantés de riz, pour résoudre l'intéressante problème que je vous ai posé dans ma dernière lettre. En attendant, en voici un autre dont vous possédez tous les éléments en Angleterre.
      On cultive chez nous les asperges très en grand. Les champs, où on les sème, sont fortement fumés pendant trois ans, et la quatrième année il est [sic] en plein rapport. Une aspergère bien faite dure de 20 à 25 ans et donne pendant ce tems, si fumée convenablement, de beaux produits. Ce tems passé, l'asperge cesse de prospérer, il faut changer la destination du champ. Soumis à d'autres cultures, il est très productif. Le blé et le maïs y viennent à merveille. On peut en faire une prairie. Enfin une ancienne aspergère est considérée comme terre de première qualité. Mais si après un espace de tems très considérable, trent'ans, quarant'ans par exemple, on veut essayer de nouveau la culture de l'asperge, quelques soins qu'on se donne, quelque quantité de fumier qu'on emploie, on échoue complètement. Il est naturel de conclure que l'asperge a besoin de certain composé inorganique que le fumier ne contient pas en dose suffisante pour rendre à la terre ce qu'une culture prolongée lui a enlevé. Trouvez-moi cette substance et vous nous aurez rendu un immense servi[ce] [car] l'asperge est la source de la prospérité de Santena.
      [A]yant fait le bilan de ce que la famine me vaut, j'ai trouvé [que,] [sans] courir le risque d'arriver par mon agriculture aux mêmes résultats que Mr Duval de Cartigny, je pouvais dépenser les 4 livres 10 shillings que coûte La Ferme de Stephens. Veuillez donc l'acheter et l'envoyer à votre excellent père, qui le lira d'abord et me le fera passer ensuite. J'ai dîné hier avec votre oncle. Nous avons été fort entrain. Émile, dit le littérateur, est un peu enrhumé. Son père appelle cela une fièvre catarrhale. J'espère que cela ne sera rien.
      Je vous quitte pour aller à Léri faire dans les champs ce que vous faites dans le laboratoire, de l'agricolture. Je voudrais bien qu'un jour il me fût possible d'associer ma vieille pratique à votre jeune science. Nous pourrions, il me paraît, aller loin ensemble; quitte à nous chamailler de tems en tems en route au sujet du torysme et du palmerstonianisme.
      Adieu, cher cousin, mille amitiés.
                                                                                                       C. de Cavour

divisore
Nomi citati:
Mon cher Cousin, Bentinck, Arguelles, Lord Palmerston, Espartero, Olozaga, Stanley, prince Henry, Lord George, Johnston, Duval de Cartigny, père, Émile, votre oncle, Son père.
Toponimi citati:
Espagne, Presinge, Angleterre, Santena, Irlande, Léri.

Allegati